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ODYSSEE
Aïn El Turk.
Cap Falcon.
Sidi Bel Abbès.
Bouisseville.
Mostaganem.
Tlemcen.
Et bien sûr, Oran.
Toute ma vie, mon père m’a parlé de ces endroits en Algérie.
Il a quitté le pays en 1962. Je n’y suis jamais allé.
Alors j’ai décidé de faire le voyage autrement : dans ma tête, en mélangeant mes propres photographies avec des images issues de Google Maps. À défaut de voyage géographique, j’ai entrepris un voyage numérique.
Mais ce voyage ne cherche pas tant à raconter l’histoire de mon père qu’à interroger ce que l’on photographie lorsqu’on hérite d’une mémoire qui ne nous appartient pas. Que peut-on réellement voir d’un lieu que l’on n’a jamais vu ? Peut-on accéder à une mémoire qui ne nous appartient pas ?
Entre mes images et celles produites par Street View, les territoires se confondent, les époques se superposent, les corps apparaissent puis se déforment. Les silhouettes fantomatiques et les paysages distordus générées par street view deviennent alors les figures d’une mémoire impossible à saisir : une mémoire transmise, imaginée, reconstruite, mais toujours hors d’atteinte.
Je ne photographie pas l’Algérie.
Je photographie l’espace qu’elle occupe en moi.

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